Numéros déjà parus

No 1 (1987) : Métaphysique et politique, Guénon et Evola. Le modèle traditionnel, privilégiant la méditation chez l’un, l’action chez l’autre, comme réponse à l’impasse de la civilisation occidentale, l’ésotérisme comme réponse à la modernité.

No 2 (1988) : Doctrines de la race et tradition. Analyse de la dérive des sens spirituels, religieux et culturels de la notion dans l’Europe contemporaine : de l’antijudaïsme à l’antisémitisme.

No 3 (1989) : Gnostiques et mystiques autour de la Révolution française. Événement fondateur de la modernité politique, la Révolution a inspiré tout au long du XIXe siècle prophètes, illuminés et voyants des temps nouveaux, donnant le sens caché de l’histoire ou détenteurs du secret de sa fin.

No 4 (1990) : Maçonnerie et antimaçonnisme, de l’énigme à la dénonciation. Approche conjointe à partir de documents, la plupart du temps inédits, du caractère secret de l’Ordre, à travers ses origines, le serment… et de sa dénonciation comme complot contre l’Église et la société du XVIIIe siècle à nos jours.

No 5 (1991) : Secret, initiations et sociétés modernes. Le secret qui ne devait pas survivre à la démocratie est omniprésent dans la vie moderne et touche au plus profond, au-delà des formes culturelles et religieuses, à la nature même du lien qui unit les hommes. Ce numéro met en lumière les multiples facettes d’un phénomène essentiel pour comprendre notre temps.

No 6 (1992) : Le complot. Dans tout secret non partagé, le soupçon de complot s’insinue et la complexité des sociétés modernes a rendu la communication malaisée au point de dissocier son principe de l’objet et des personnes avec qui échanger. À l’idéologie du « tout communicable » correspond « la haine du secret » et l’interprétation en terme de complot des échecs et des difficultés de la modernité. Bien des chemins s’offrent à ce type d’exégèse : de la réflexion conspirationniste politique et religieuse contre les jésuites, les francs-maçons, les mormons, les sectes, à une réflexion métaphysique sur le mal dans l’histoire (curieusement absente des préoccupations des historiens comme des sociologues) ; initiation et contre-initiation. Ce sixième cahier s’est arrêté au croisement des fils où la logique de l’histoire s’enchaîne à la trame du complot.

No 7 (1993) : Les postérités de la théosophie, du Théosophisme au New Age. Quels liens entre les spéculations de théologie ésotérique de Jacob Boehme, les théories de la Société théosophique de Mme Blavatsky au XIXe siècle et les affirmations contemporaines sur l’imminence de la venue de l’ère du Verseau ? L’analyse séparée des mutations du sentiment religieux, de l’évolution des conceptions métaphysiques qui sous-tendent les sciences et de l’histoire des doctrines ésotériques est incapable d’apprécier la nature des ruptures et de repérer d’éventuelles continuités. La notion de théosophie, dans ses multiples sens, à travers des continents spirituels en apparence étrangers les uns aux autres, a servi de fil conducteur à cette septième livraison de Politica hermetica.

No 8 (1994) : Prophétisme et Politique. L’objet de cette huitième livraison est d’analyser à travers l’évolution du discours prophétique au cours des âges, à travers les changements de statut du prophète également, leur capacité à articuler des sens, à inspirer des politiques. Elle rassemble, autour de l’exposé inaugural d’André Vauchez sur le prophétisme médiéval, des textes d’exégètes bibliques, d’historiens, de philosophes, illustrant les notions de plénitude, d’achèvement des temps, porteurs de « rois cachés, de papes cachés », pourquoi pas de dieux cachés. Le temps prophétique garde un pied dans le temps historique, et risque l’autre dans la mystique et l’ésotérique.

No 9 (1995) : Ésotérisme et socialisme. Trois ans à peine séparent l’apparition des deux mots, 1828/1831, et leurs destins demeurèrent longtemps liés. Le socialiste Pierre Leroux utilisa le premier longuement dans L’Humanité (1840) et les occultistes Belle Epoque, comme les nouveaux théosophes, se disaient volontiers socialistes. Mais les remises en ordre, venues du marxisme pour les uns, des Églises institutionnelles pour les autres, renvoyèrent ces utopies à ce qui pouvait paraître comme leur lieu d’origine : l’imaginaire. Ce neuvième numéro s’est attaché à reconstituer la communauté du patrimoine et redessiner des frontières.

No 10 (1996) : L’Histoire cachée — entre histoire révélée et histoire critique. Les faits perdent leur consistance sous le regard froid de l’analyse critique et les événements se bousculent en mal de sens, devenus aussi énigmatiques que les révélations trop fragmentaires, des dieux retournés au silence. Cronos dévore sans fin ses enfants, quel que soit « le lieu d’où ils parlent » ou la façon dont ils ont été « instrumentalisés », selon le jargon en usage. L’historien joue à cache-cache pour saisir un objet qui tour à tour se montre et se dérobe, il court de-ci poussé par sa raison et de-là par son intuition des figures et des symboles. Il n’est de vérités que revoilées. Ce dixième numéro s’attache à éclairer la route qui a mené des théories figuristes de l’histoire à la fin du XVIIIe siècle aux thèses complotistes de l’histoire secrète contemporaine.

No 11 (1997) : Pouvoir du symbole. Pouvoir du symbole, symboles du pouvoir ; entre la marque de la connaissance et l’aliment de la rumeur, le champ du symbolique s’étend indéfiniment, se perd dans les détours de la pensée propre à chaque culture. Ce numéro s’est attaché à clarifier l’usage fait du symbole dans la pensée ésotérique, en délimitant des frontières d’une part, en analysant sa mise en œuvre de l’autre, depuis le XVIIIe siècle. La question de la symbolique maçonnique a été abordée notamment en rapport avec l’évolution du religieux dans les sociétés occidentales. La force de l’imaginaire symbolique, après cinq siècles de rationalité scientifique, demeure entière et sa maîtrise un enjeu de taille.

No 12 (1998) : Les contrées secrètes. Depuis cinq cents ans que les Occidentaux sont installés à l’Hôtel Bellevue, ils n’ont cessé de s’interroger sur la direction où porter leur regard ; est-ce d’ici ou de là que vont sortir des sables les cités de pierres précieuses, résidences des dieux et de l’homme libre ? À partir de quel centre prendre la juste mesure ? Il est là-bas, au bout de l’océan, dans Jérusalem, ou dans le séjour des âmes, partout où nous réussissons à dérouler notre cordeau. Une symbolique de l’espace est aussi nécessaire à la vie des hommes que l’air ou la nourriture ; l’incertitude dans les identifications est la condition même de sa liberté.

No 13 (1999) : Les langues secrètes. Écritures ou langues ? Langues puis écritures ? Langues sans écritures ? Voire écriture sans langue ; le labyrinthe comporte une difficulté supplémentaire avec ses doubles entrées : côté secret des dieux, côté cryptage des hommes ou bien encore, côté Babel et côté Pentecôte. L’invention de l’écriture ou la recherche à travers les signes gravés d’une langue primordiale sont des moments privilégiés dans l’approche de la question essentielle et toujours irrésolue de la nature de la science. De la Mésopotamie à l’Égypte médiévale en passant par la Renaissance et les sociétés secrètes du xixe siècle, ce numéro chemine dans le labyrinthe en s’efforçant de suivre le fil de la critique…

No 14 (2000) : Le souverain caché. Quel pouvoir est légitime ? L’empereur quand il lutte contre le pape ? Le roi de France qui se dit empereur en son royaume ou le peuple souverain lorsqu’il se constitue en Assemblée nationale ? Les critères sont flottants de la Russie à la France et à l’Iran ; la désignation par Dieu lui-même est sujette à caution, il s’est détourné de Saül et a renié plusieurs Tsars. Au doute qui accompagne la défaite du prince ou hypothèque la république dite « autoproclamée » correspond l’idée que le véritable souverain demeure caché jusqu’au moment où il apparaîtra dans la lumière de l’évidence, reconnu par tous. Une telle attitude est commune à des aires culturelles aussi diverses que celle du Shî’isme imamite et du Saint-Empire romain germanique. L’Imam caché comme le Grand Monarque de la fin des temps ont alimenté des spéculations de type ésotérique toujours renouvelées qui ont utilisé des critères traditionnels de spéculation. Qu’il s’agisse d’idéologies modernes comme en Roumanie ou d’identification personnelle au monarque universel, le « roi du monde » dans un discours délirant, le même fil conduit la réflexion.

No 15 (2001) : Deus ex machina. Les dictionnaires latins et grecs donnent à « machine » le sens d’invention, d’« assemblage artistiquement réuni » ; la machina mundi de Lucrèce renvoyait à une édification savante dans la familiarité des dieux au travail. Savantes également étaient supposées ces machinations vouées au mal, ces machines infernales, outils de noirs desseins. Elles ont été elles aussi « instrumentalisées » ; l’Encyclopedia universalis ne connaît plus que la machine-outil, débarrassée de l’horloger que Voltaire concédait encore à l’horloge comme de la symbolique de l’outil prolongeant la main de l’homme. Ce numéro 15 analyse quelques étapes du passage de l’harmonie du monde à son spectacle chez Giordano Bruno, en regard aux créations de machines inspirées imaginaires, comme celles conçues par Dupuis à la fin du XVIIIe siècle ou Leopoldo Lugones à la fin du suivant. On ne peut que constater l’aptitude du monde contemporain à repeupler les espaces intermédiaires explorés par les technologies de pointe et son incapacité à disqualifier les questions métaphysiques posées par une autre exploration technique, celle de l’indéfiniment petit.

No 16 (2002) : René Guénon, lectures et enjeux. Vingt ouvrages publiés entre 1921 et 1965 et régulièrement réédités témoignent de la portée d’une œuvre devenue emblème de l’antimodernité. Son influence s’est répandue sur les deux rives de l’Atlantique puis, plus tardivement, dans l’ensemble du monde musulman. René Guénon voulut témoigner de la Tradition éternelle et universelle, conservée en orient, dans l’Inde védantique en particulier, pour servir de modèle à l’Occident dévoyé. Ses écrits s’adressaient à une élite capable de discerner les traces de cette tradition éparses dans la symbolique religieuse ou dans la franc-maçonnerie considérée par lui comme la dernière initiation régulière de l’Occident. La théorisation de cette approche permettait de saisir la vraie nature de l’ésotérisme. L’objet de ce colloque a été de replacer l’entreprise dans le contexte intellectuel du temps ; le sien tout d’abord puis celui des générations de lecteurs successives. L’analyse, critique ou « engagée », a porté sur son influence dans les milieux islamisés européens, les domaines iraniens et turcs ainsi que sur les réactions des milieux catholiques et des diverses branches de la maçonnerie. Deux communications ont abordé la question fondamentale du statut et de la fonction du texte écrit. Enfin la place du bouddhisme dans son œuvre et l’enseignement à tirer de sa vision du Moyen âge ont mis en relief les articulations et les points de rupture entre les deux attitudes, critique et engagée.

No 17 (2003) : Astrologie et pouvoir. Dès l’Antiquité l’autorité de l’astrologie avait été contestée, saint Augustin en avait souligné les inconséquences ; la perte de la légitimité scientifique n’est cependant intervenue que tardivement avec les Lumières et la modernité entraînant la disparition de tout statut officiel dans les sociétés concernées. Son pouvoir de séduction sur les foules n’en a pas été altéré pour autant comme le montre le constat dressé par les sociologues Edgar Morin et Jacques Maître il y a une trentaine d’années. La violence des remous provoqués par une thèse récente sur le sujet montre que les rapports entretenus avec les institutions intellectuelles et politiques contemporaines sont toujours sensibles. Ce numéro analyse à travers les exemples mésopotamiens (Jean-Jacques Glassner), la place de l’astrologue et de son art dans la connaissance des temps et la conduite des hommes. Anne Regourd donne un texte d’al Qabîsî astrologue de la cour de Damas au xe siècle pour le monde médiéval puis l’Europe moderne est abordée par Isabelle Pantin avec la tentative d’un disciple de Mélanchton pour intégrer l’astrologie dans la théologie et la science politique ; cet aspect connut une fortune particulière avec Cromwell et Mazarin (Jacques Halbronn). Enfin Évelyne Latour analyse l’origine du mythe de l’ère du Verseau dans les nouveaux prophétismes. Jacques Maître conclut sur le statut de l’astrologie dans la société française contemporaine.

No 18 (2004) : Ésotérisme et guérison. L’engouement actuel pour les médecines occultes et les guérisons spirituelles touche des publics très différents : il s’enracine dans des traditions et des pratiques populaires ancestrales qui n’ont jamais complètement disparu de l’horizon des Occidentaux. Cette dix-huitième livraison de Politica hermetica s’est attachée à éclairer les chemins suivis au XIXe siècle et au début du XXe dans l’exercice de ces pratiques, pour justifier leur existence et tenter de leur donner une légitimité face au nouvel esprit scientifique. Il est revenu à Régis Dericquebourg de présenter la problématique générale. Des personnalités de premier ordre ont jalonné leur histoire : Samuel Hahnemann, inventeur de l’homéopathie, évoqué par Clara Goodrick-Clarke, ou Paul Carton, abordé par Émile Poulat. Des maçons comme Jean-Marie Ragon ont prétendu à l’héritage du pouvoir sacerdotal de guérir (Claude Rétat), des occultistes comme Papus qui essaya d’attirer Charcot (Roger Dachez) ou des guérisseurs comme le « Maître Philippe » de Lyon qui soigna le tsarévitch Alexis (Jean-Pierre Chantin), ont créé dans les années 1900 de véritables réseaux de soins dont la trace se retrouve dans les archives de la Librairie occultiste Chacornac (Jean-Pierre Laurant). Avec les « médecins guénoniens » (Xavier Accart) émerge la notion très moderne de « médecine traditionnelle ».

No 19 (2005) : Melchisédech. Ce roi étranger, sans génération, et dont le royaume est inconnu, aurait pu se perdre au milieu de la foule anonyme des princes cités dans la Bible : il n’en fut rien parce que son éphémère irruption correspondait à un moment décisif, il a béni Abraham et sa lignée, celui-ci lui a versé la dîme et comme l’a souligné saint Paul, ce n’est pas l’inférieur qui bénit le supérieur. Cette précellence servit à légitimer le sacerdoce chrétien « selon l’Ordre de Melchisédech ». Elle devait inspirer également bon nombre de courants de pensée hétérodoxe, entre les non-dits de son origine ou de sa fonction et le non-lieu de sa cité de Salem, depuis les gnostiques de l’Antiquité jusqu’à Guénon en passant par les maçons du XVIIIe siècle. Paul-Marie Guillaume et Philippe Lefebvre replacent cet étrange personnage dans son contexte biblique d’origine ; Jean-Daniel Dubois analyse un exemple gnostique ; Pierre Mollier décrit la fortune maçonnique du roi parmi les Rose-Croix ; Paul Airiau nous introduit dans l’univers de la légitimité monarchique au xixe siècle, Alessandro Grossato et Jean-Pierre Laurant, enfin, étendent au monde hindou et à l’univers traditionaliste guénonien les correspondances « melchisédechiennes » avec les fonctions du « Chakravartin » et du « Roi du Monde ».

No 20 (2006) : L’ésotérisme au féminin. Déjà les mystiques féminines avaient joué un rôle essentiel à la Renaissance dans les transformations de la religiosité et l’avènement de la « dévotion moderne » plus individualiste ; de même, le rejet des femmes de la vie publique dans les sociétés postrévolutionnaires devait, en réaction, leur ouvrir le champ de la vie spirituelle. La Vierge Marie occupa le devant de la scène religieuse au XIXe siècle. Néanmoins, la méfiance des Églises instituées les a repoussées vers les coulisses où fleurissaient les nouvelles religions, les ordres initiatiques et les sociétés secrètes ésotériques. Sortie des marges, la parole des femmes, d’abord médiatrice, voire « médium », acquit au cours des XIXe et XXe siècles une légitimité et une autorité nouvelles qui permirent à Madame Blavatsky d’assurer la codirection de la fameuse Société théosophique (1875). À la fin du xviiie siècle, l’ordre des élus coëns, dont nous parle Serge Caillet, initiait des femmes ; un véritable messianisme féminin put ensuite se développer dans les milieux spirites et « spiritualistes », au sens anglais du terme. Patrizia d’Andrea, Nicole Edelman avec Lucie Grange, Allison Coudert, Marco Pasi nous introduisent dans ce monde de croyantes et de militantes qui contribuèrent largement à faire « bouger » la société de leur temps. Brigitte Beauzamy, enfin, complète ce numéro par une incursion dans les milieux de « l’antiglobalisation » avec les « sorcières Wicca ».

No 21 (2007) : Groupes et sociétés initiatiques, entre ésotérisme et politique du xviiie au xxe siècle. Le secret ne constitue pas un élément fondamental du mode de pensée ésotérique et pourtant il est omniprésent dans ses manifestations depuis la gnose chrétienne alexandrine, en dépit de l’injonction de l’apôtre Luc (12-3) de crier sur les toits ce que l’on avait entendu dans le creux de l’oreille, jusqu’à la grande ouverture des sociétés démocratiques modernes. En fait, la « transparence », le mot est à la mode, fait bon ménage avec l’opacité ; d’une certaine façon, elle la génère même selon des processus répétitifs ancrés au plus profond de la vie de nos sociétés. Ce numéro s’est attaché à éclairer des parcours cachés : statut et usage du secret dans l’Église catholique par Émile Poulat, sociétés plus ou moins discrètes comme les Chevaliers de Colomb (Pierre Mollier), le compagnonnage (Jean-Michel Mathonière) ou les sociétés militaires décrites par Nodier (Claude Rétat). Des techniques de cryptage chez les Illuminés d’Avignon (Serge Caillet) et un portrait de l’alchimiste Jollivet-Castelot (Robert Vanloo) complètent ce tour d’horizon accompagné de deux études sur la réouverture du Musée du Hiéron de Paray-le-Monial et une dernière sur la « théosophie chrétienne » de Tommaso Palamidessi.

No 22 (2008) : Images et représentations du centre. L’Homme « postmoderne », aux prises avec l’émiettement intellectuel de la « société complexe », cherche partout un centre dont la périphérie n’est nulle part. Sa démarche le conduit-elle vers un cœur ou vers un milieu ? Un cadre ou un noyau ? Ce numéro témoigne de la diversité des parcours à travers les images et représentations du centre propres à chaque époque et à chaque société. Le voyage intérieur du pèlerinage, essentiel en milieu chrétien, est abordé par Gaële de La Brosse ; Radu Dragan nous conduit ensuite dans le labyrinthe de la vision alchimique de « la pierre au centre du monde » après Copernic. Les systèmes de représentation symbolique du xviiie siècle occupent une place de choix dans cette livraison avec les « images du centre » dans le Martinisme (Dominique Clairembault), suivis par une étude sur une série de tableaux de loges maçonniques (Dominique Jardin) ; l’interprétation du « jardin des Lumières » comme maçonnique relève, en revanche, pour Laurence Châtel de Brancion, du domaine de l’illusion. La légende d’Asie centrale sur un royaume caché au cœur d’une montagne sacrée (Thierry Zarcone) clôt ce vingt-deuxième numéro.

No 23 (2009) : L’ésotérisme à l’ère du soupçon : les méfiances institutionnelles. Ce numéro revient sur vingt ans de méfiances, voire de dénigrements que l’entreprise de Politica hermetica a suscités, cristallisant des soupçons venus de milieux divers, religieux, universitaires ou politiques, voire d’institutions. Après l’analyse des buts purement scientifiques et du parcours de l’association dont les colloques, depuis 1986, ont nourri la publication annuelle de la revue (Jean-Pierre Laurant), deux pistes ont été suivies : une étude des processus d’amalgame et de raccourci dans la France contemporaine d’une part (Jean-Yves Camus) et de l’autre quelques exemples historiques de ce type d’attitude. La maçonnerie dénoncée comme religion païenne (Pierre Noël) ou la symbolique maçonnique soupçonnée de servir de masque au retour du religieux (Yves Hivert-Messeca). Des prises de position « anti-ésotériques » significatives dans l’Église catholique sont analysées ensuite par Jérôme Rousse-Lacordaire. Mais la mesure est prise également des limites inhérentes à ce mode d’expression, peu relayé, mais néanmoins pernicieux. Deux études complètent cette vingt-troisième livraison sur les comptes de l’abbé Saunière à Rennes-le-Château (Laurent Buchholtzer) et les rapports d’Alain Daniélou et de son maître Swâmî Karpâtrî (Jean-Louis Gabin).

No 24 (2010) : La franc-maçonnerie et les Stuarts au xviiie siècle, stratégies politiques, réseaux, entre mythes et réalités. Une autre issue était-elle possible à l’opposition trois fois séculaire entre l’Église catholique et la franc-maçonnerie ? L’enjeu est de taille et a fait rêver les historiens autant que les protagonistes tant politiques que religieux. Le décor paraît simple à planter, il a le Royaume-Uni pour centre et l’Europe comme champ d’affrontement, d’un côté les Stuarts catholiques vaincus dont les partisans ont essaimé dans toute l’Europe et restent nombreux en Angleterre même, de l’autre les hanovriens sur le trône favorisant le développement de l’ordre. Y a-t-il eu prise de pouvoir dans des loges stuartistes ? Michel Duchein analyse la situation politique générale ; Michael Collis, le cas de la Scandinavie ; Jean-Marie Mercier, le mythe d’une maçonnerie avignonnaise catholique ; José Antonio Ferrer Benimelli s’attache aux loges madrilènes et romaines ; Steve Murdoch, à la Russie et Pierre-Yves Beaurepaire, au cercle du duc de Chaulnes à Paris. Les conclusions convergent : hanovriens et stuartistes étaient confondus dans les loges anglaises à l’étranger, la nation était bien l’ultima ratio et les passages d’un camp à l’autre fréquents. Deux études, de Valéry Rasplus sur les origines de la maçonnerie et de Jean-Yves Camus et Stéphane François sur Miguel Serrano, complètent ce vingt-quatrième numéro.

No 25 (2011) : Ésotérime et Romantisme. « Y a-t-il un rapport — et lequel — entre ésotérisme et romantisme ? Et, s’il existe, relève-t-il de la politique, de la religion, de la littérature ou de l’histoire ? Personne ne s’étonnera de la question, et, si l’on doit s’étonner, c’est bien qu’elle apparaisse si rarement abordée. » L’interrogation d’Émile Poulat qui ouvre cette vingt-cinquième livraison, un anniversaire, renvoie à des « questions de société » qui ont largement occupé les esprits dans la première moitié du XIXe siècle. Quid de l’héritage de la raison des Lumières, du statut des sciences nouvelles, de la place du religieux dans le monde en devenir ? Les regards croisés portés sur cet autre XIXe siècle, enclin à voir dans l’ésotérisme un pont, nous mènent de la synthèse spirituelle tentée par le « doux Ballanche » évoquée par Claude Rétat au magnétisme comme science dans l’Allemagne romantique avec le cas de Joseph Ennemoser par Wouter Hanegraaff. Ce même sentiment religieux romantique est analysé par Françoise Bonardel à partir de la notion de transmutation ; Anne-Marie Baron, de son côté, montre la « Tradition divine éternelle » à l’œuvre dans la vision balzacienne. Enfin, le mode de pensée d’Éliphas Lévi, en liaison avec l’épistémologie romantique, est abordé par Jean-Pierre Laurant.

No 26 (2012) : L’Occident vu d’ailleurs. Acculturation de l’ésotérisme hors d’Europe. C’est à l’image d’un ésotérisme occidental « hors ses murs » que cette livraison est consacrée. Un aspect quelque peu délaissé d’une autre face de la mondialisation. Si les influences orientales ont été l’objet de nombreux travaux et depuis bien longtemps, quel que soit le pays désigné par la notion d’Orient au fil du temps et la connaissance réelle que les occidentaux aient pu en avoir, c’est bien à l’Orient que revenait la légitimité spirituelle malgré l’accaparement par l’Occident de la maîtrise de l’histoire : « ex Oriente lux, ex Occidente dux. » De fait, le magnétisme et le spiritisme aussi bien que les synthèses occultistes de type théosophique ont connu une diffusion mondiale, tout particulièrement en Asie, et la franc-maçonnerie a pu acquérir droit de cité dans une large part du monde musulman et en Afrique noire comme initiation des Européens. En dépit du fait que le statut de science ait été contesté à l’ésotérisme et que les gros bataillons de la pensée occidentale conquérante se soient avancés sous la bannière de la raison soit pour beaucoup dans l’absence de prise en compte, l’ésotérisme est bien là et le champ en friche reste ouvert à l’exploration. Après une évaluation de l’impact de l’ésotérisme occidental, particulièrement la théosophie, sur l’évolution religieuse du Japon par Naoki Kashio. Pascal Bourdeaux prend la mesure de la présence de l’occultisme occidental dans les bibliothèques du Vietnam puis Jérémy Jammes et Marion Aubrée analysent l’influence du spiritisme dans le caodaïsme d’une part et dans les nouvelles religions au Brésil de l’autre. Le domaine africain est ensuite abordé avec Berthe Lolo sur les interpénétrations entre les religions occidentales « revisitées », l’ésotérisme et la sorcellerie au Cameroun. Enfin deux études sur Jacques de Mahieu par Stéphane François et « Les savoirs “aux marges” dans les périodiques français, XIXe et XXe siècles… » par Stéphane Gumpper et Jean-Pierre Laurant ponctuent ce vingt-sixième numéro.

No 27 (2013) : Ésotérisme et écologie. Que peut-il sortir de la rencontre de deux « mots valise » ? Depuis les temps lointains où l’on posait le « Livre de la nature » à côté de celui de la Révélation jusqu’au regard nouveau porté sur celle-là au XVIIIe siècle, la quête du sens a croisé les thématiques que nous rangeons, ou mêlons, aujourd’hui volontiers dans « le même sac ». C’est en Allemagne où une longue tradition a vu dans la nature un être vivant que Rudolf Steiner, au début du XXe siècle, a théorisé « Les fondements d’une écologie spiritualiste » (Aurélie Choné). Aux États-Unis, dans la ligne du rejet de la modernité et de la science occidentale, hérité de Guénon, le « pérennialisme » s’est trouvé confronté « au miroir fissuré de la nature » (Setareh Houman). « Paganisme et antichristianisme dans l’écologie radicale » sont abordés ensuite comme composante importante de la Deep Ecology (Yannick Cahuzac et Stéphane François), puis la question des communautés alternatives est abordée ensuite avec Dieter Duhm (Olivier Hanse), suivie par la tentative de resacralisation de la nature avec le néo-chamanisme dans l’exemple de Bugarach (Vincent Basset). Avec d’abondantes notes de lecture, trois études importantes complètent ce numéro : Thierry Zarcone sur le statut de l’ésotérisme occidental en Turquie via la Franc-Maçonnerie ; Dany Savelli sur Alexandra David-Néel et Nicolas Roerich autour de Shambala ; Patrick Lequet sur le projet politique d’une société ésotérique chrétienne : le Hiéron de Paray-le-Monial.

No 28 (2014) : Les coulisses de l’histoire. Occultisme, fiction, réalités. Si les faits sont têtus, le qualificatif s’applique tout autant à leurs interprétations, même les plus folles, qui donnent du grain à moudre aussi bien à l’historien qu’au sociologue. Comme l’éclosion des sociétés secrètes et des théories conspirationnistes avaient accompagné la naissance des démocraties en Europe au XIXe siècle, l’État spectacle au temps de la « transparence » porte irrésistiblement le regard du public vers les coulisses. Nous avons suivi cette piste à travers quelques exemples qui ont marqué l’imaginaire de nos sociétés depuis les années postrévolutionnaires jusqu’à aujourd’hui. Tout d’abord Claude Rétat nous décrit, en milieu maçonnique, la création de l’Ordre du Néo-Temple de Fabré-Palaprat dans les années 1800, acte de renaissance d’un mythe dont la fortune ne s’est jamais démentie. Ce sont les démêlés du couple maudit Église/maçonnerie qu’Emmanuel Kreis analyse ensuite entre les années 1880 et 1930 avec « La guerre des mages comme moteur de l’histoire ». Après la Seconde Guerre mondiale, le Prieuré de Sion redonna des couleurs aux généalogies mythiques, Laurent Buchholzer établit un dossier sans concession. Plus près de nous, Stéphane François nous montre comment le champ de l’histoire mystérieuse est investi par des mouvements d’extrême-droite. Le domaine scientifique n’a pas échappé à ce travail de réinterprétation : Alexandre Moatti fait le point sur les théories scientifiques sous-tendant la publication de la revue Planète ; Damien Karbovnik  explore avec Robert Charroux « les coulisses de la préhistoire ». Trois études complètent ce numéro 28 : Gilles Bucherie sur la sociologie occultisante de Charles Barlet ; Marc Court sur Michel Le Nobletz, un jésuite breton hors normes de la fin du XVIe siècle ; Véronique Campion-Vincent enfin revient sur la question de « la colline inspirée » de Bugarach. Les notes de lecture sont particulièrement fournies quant aux publications internationales concernant notre champ, de la Russie aux États-Unis en passant par l’Italie et l’Allemagne sans oublier la France avec Balzac et la revue Le Goéland.

No 29 (2015) : Cinéma, ésotérisme et politique. À une époque où l’« Occulture » (concept introduit avec succès, il y a une dizaine d’années, par le sociologue anglais C. Partridge) contribue à l’étude fructueuse de l’émergence d’un nouveau milieu culturel, marqué en profondeur par l’interaction de divers courants ésotériques et des médias populaires, il était opportun que Politica Hermetica consacrât un volet de son activité aux interactions entre cinéma, ésotérisme et politique. Qu’ils soient d’ordre esthétique ou militant, la présentation ou le (re)traitement de thèmes d’origine ésotérique par le septième art sont repérés depuis longtemps et ont fait l’objet d’assez nombreux travaux. Toutefois, l’apparition et la diffusion mondiale de nouveaux supports médiatiques, qui relaient le cinéma tout en développant à leur tour leur impact propre sur la société globale, confèrent à ce dernier une indéniable dimension politique et sociétale, qui modifie en profondeur — et sans nul doute durablement — les modalités de notre rapport aux arts, aux courants ésotériques, ainsi qu’à leurs supports de communication culturelle. Au travers de quelques exemples choisis, empruntés à la cinématographie, les Actes du présent colloque voudraient de la sorte s’inscrire également dans le récent mouvement d’études académiques prenant en compte les influences réciproques entre histoire de l’art et ésotérisme contemporains.

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